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La question qui m'occupe régulièrement depuis une bonne année : est-ce que les dystopies en science-fiction ne participe pas d'avantage à créer de la résignation, de l'acceptabilité sociale, et des sources d'inspiration pour des ingénieur·e·s en manque de projet qu'à prévenir la société des pentes dangereuses ?

Vu la saison j'ajoute :

Vous avez quatre heures.

@lunar pour la seconde partie, je pense plutôt que c'est le manque de culture et de réflexion de ces ingénieurs qui les conduit à créer les outils de la dystopie.

@lunar @rmd grosse question. Mon sentiment c'est qu'il y a une fascination pour la dystopie chez les futurs ingénieurs.. mais ça participe autant du désir de voir un jour ces récits se réaliser que d'une vraie prise de conscience des enjeux de leurs actions futures. En tous cas je l'espère...

@rmd @lunar Me rend compte que je répond pas trop à la question. Mais pour parler de ma situation (travail en école d'ingé), je vois que la culture et la réflexion leur sont apportées...et que certains étudiants les développent plus que d'autres. La question de la priorité et du temps accordé à tel ou tel enseignement est primordial. C'est une vraie politique d'enseignement pour former nos futurs ingénieurs. À mon niveau, je tente de faire ma part ;)

@rmd @lunar oui clairement d'accord sur ce point.
Les ingé n'ont aucune culture en France et c'est pas mieux ailleurs.

Un début de formation très poussé en science sans temps pour autre chose que bachoter et un relachage violent une fois arrivé a BAC+2.
Bref le meilleur moyen de former des bons techniciens aveugles aux problématiques de societé.
Au besoin, les BDE et assos d'anciens élèves veillent à mener la vie dure aux "intellectuels".

@fabtd @lunar et avec les écoles type 42 qui ne dispensent aucun cours de culture générale ca va empirer.

@rmd @fabtd
Juste.

Et en même temps par rapport à quelques années, on a les média sociaux, et un renouveau des formes d'éducation populaire… Mais y a du boulot. :D

@rmd @lunar les écoles 42 sont des bombes sociales à retardement.
En filtrant et formant à bosser sans horaires et uniquement sous la pression ; tous les (jeunes) collègues que nous avons eu étaient complètement déréglés.
C'est dommage car le processus de sélection initiale (via un concours sans diplôme exigé) permet vraiment une deuxième chance à ces gens.

@fabtd @rmd
Oh, c'est intéressant. Est-ce que vous auriez déjà écrit quelque chose d'un peu détaillé sur vos expériences ?

@lunar @rmd Non pour ma part, j'ai déjà essayé mais rien de bien ne sort.

Par contre (et je serais pas fichu de la retrouver) il y a une conférence gesticulé sur le sujet.

@lunar @rmd @fabtd cherchez "vous êtes l'élite de l'élite de la France" pour la conf gesticulee

@fabtd @rmd @lunar Moi, ça me fait rêver d'avoir moins de 30 ans l'école 42...! Est-ce que le modèle avec horaires a encore de l'avenir ? Perso, je ne crois pas que le TRAVAIL a encore de l'avenir, mais pour l'esprit d'autonomie et de réseau que développe cette formation, oui, j'aime bien l'école 42.

@Pixelshima
Le travail a de l'avenir par définition. Tant que nous serons humain·e·s, il sera nécessaire d'effectuer des tâches dont on se passerait bien.
Les horaires ont de l'avenir tant que nous serons humain·e·s et que nous aurons besoin de travailler ensemble en même temps.
L'autonomie ce ne doit pas être l'autonomie de rendre chaque jour ce monde plus hostile.
@fabtd @rmd

@lunar @fabtd @rmd Loin de moi l'idée de vouloir rendre le monde plus hostile. Beaucoup de paramètres me poussent à croire que le travail va se raréfier, que le temps des horaires et des carrières est bientôt révolu. Le fait de s'y accrocher comme le font les dirigeants actuels et de garder la valeur travail comme axe de la société n'apportera que douleur face à la réalité. Accompagner par le revenu universel d'existence me semble + humain.

@Pixelshima
Le monde où tout le monde est entrepreneur de sa vie, où il faut se vendre à chaque heure, tous les jours, toutes les nuits, est un monde fondamentalement inégalitaire. Accompagné·e·s d'un revenu universel ou non.

L'emploi se rarifie. Le travail utile socialement, lui, on en a un énorme tas sur la planche. Comment peut-on encourage ces activités ? Comment garantir les conditions matérielles d'existence de tou·te·s ?
@fabtd @rmd

@lunar @fabtd @rmd Tout dépend si ce revenu universel reconnait la valeur inaliénable de chaque personne, et octroie un montant largement suffisant pour que les gens puissent choisir dans quoi ils veulent s'investir. Du travail utile socialement, ça parle et ça motive beaucoup de monde tout comme les moyens d'arrêter de nuire à la planète :-) Quant aux tâches ingrates, plus personne ne devrait y être contraint... Mais il faut changer pour ça

@Pixelshima
« ils veulent s'investir » → tou·te·s entrepreneur·e·s, encore une fois.

Il y aura toujours des tâches pénibles. Tout le travail n'est pas automatisable.

Sur ces distinctions travail/activité/emploi, la vidéo d'Usul sur Bernard Friot est bien :
youtube.com/watch?v=uhg0SUYOXj

@fabtd @rmd

@lunar @fabtd @rmd Pour moi, "s'investir" dès lors qu'on a déjà un revenu suffisant pour vivre confortablement, ça ne s'apparente pas à du travail car il n'y a pas de notion de contrainte. On peut du coup investir son temps, son énergie, son talent, son empathie, son imagination, etc dans des choses auxquelles on croit. Enfin, je suppose que je suis plus idéaliste que terre à terre...

@Pixelshima
« investir », c'est un mot qui appartient au champs de l'entreprise, de l'univers capitaliste. C'est bien ça que je pointe. Le revenu universel s'inscrit dans le monde du « tou·te·s entrepreneur·e·s » qui ne me fait aucunement envie.

Quand est-ce qu'on invente d'autres rapports à soi, aux autres, à l'activité ? Des rapports dans lesquels la rentabilité ne serait même plus un critère.
@fabtd @rmd

@lunar c'est une excellente question ! alors que tout est écrit dans "1984", "Le meilleur des mondes",... et qu'on y avance à grand pas, peu de monde réagit :(

@lunar je me suis retrouvé à me poser la question pour des films montrant des scènes futuristes autour du flicage de masse, des drones, du bigdata etc... à chaque fois ces films mettent en avant"que ca marche" pour le but visé.... et il y a vraiment peu de place pour l'impact sur les libertés individuelles

@lunar Non, cela a eu l'effet inverse sur moi je crois bien en m'éveillant assez jeune sur les risques et dérives potentielles du progrès S&T.

@lunar Depuis tout jeune, je baignais dans le mythe du progrès S&T bienfaisant pour l'humanité, qu'on nous sert à volo à l'école. J'ai été de plus nourrit à Jules Vernes dès le plus jeune âge, lui aussi dans cette tendance. Malheureusement, le progrès S&T peut dériver : #nuke, #biohazard, surveillance de masse...

@lunar honnêtement, ces dystopies sont rarement présentées de positives, faudrait être sacrément péter du casque pour vouloir les mettre en place.

@petit
En France, on met les universités scientifiques le plus loin possible des humanités… donc en s'attachant uniquement aux outils sans voir le monde autour, pas besoin d'être spécialement pété du casque…

@lunar Je me pose souvent la même question... Je crois que le pouvoir d'alerte des dystopies est réel. La fiction rend les choses beaucoup moins abstraites.
Mais les prises de conscience sont quand même très longues...

« Puisqu’on “n’arrête pas le progrès”, alors il faut l’accepter, et puisque les extrapolations technologiques de Black Mirror sont vraisemblables, le prix moral à payer pour le développement technologique ne peut qu’être accepté. »
theconversation.com/black-mirr

Merci @chloelailic pour le lien.

@lunar En tant que personne qui écrit des dystopies (entre autres), je dirais que c'est un exutoire avant d'être un moyen de prévenir les mauvaises pentes. C'est que je ne dis pas "voilà le futur qui pourrait advenir avec cette invention" mais "voilà le présent dans lequel je vis ! Damned vous le voyez pas ? Faut vraiment que j'invente des fausses technos pour rendre tangible ce qui est sournoisement bel et bien là ?"
Du coup, certes, il y a peu de surprise quand les pires scénarios adviennent /

@lunar Mais je crois pas que ce soit de la résignation : justement la SF, avec un futur factice en toile de forme, parle du présent.
On dit "Voilà ce qui est" pas "Voilà ce qui sera".
Sauf contre ex ("paradoxe de Fermi"), y a pas d’inéluctabilité dans la dystopie.
Perso, j'en ai lue qui m'ont sortie de la résignation like "Ah ! Mais je ne suis pas seule à voir ça ! A penser que ce n'est pas normal ! Mais merci ! Mais merci mille fois !"
Ça ne sauvera peut-être pas le monde, mais ça fait du bien.

@lunar
En tant que personne supposée gagner sa vie en étant ingénieure, je dirais que les histoires que l'on raconte n'ont pas d'importance au taf. C'est bien pour ça que je ne m'en sors pas, avec ce métier : jamais on est autorisés à penser le pourquoi de nos inventions, seulement le comment. On a des problèmes techniques à résoudre, il faut apporter une solution. Basta.
Celleux qui veulent aller au-delà ne sont plus ingénieurs (faut aller dans la prise de décision ou se reconvertir)

Voilà ^^

@lunar
Les dystopies ne sont pas "des sources d'inspiration pour des ingénieur·e·s en manque de projet".

J'ai fait une thèse au début des années 1990 sur un système de dématérialisation. J'avais perçu que cette mise en relation shunte les intermédiaire que cela aurait des conséquences sociétales. Il n'existait pas d'endroit où je puisse exprimer ces possibles conséquences et qu'un autre chercheur (éco, socio...) puisse explorer les possibles que ces travaux laisse entrevoir.

@lunar
Sur les projets, les techniqciens sont des exécutants (d'un niveau intellectuel aussi important que les donneurs d'ordres mais exécutants).
Soit il s'en fout, soit il approuve les objectifs du projet, soit il se barre. S'il n'est pas en accord et qu'il reste, il se retrouve en injonction contradictoire et il déprime. Il n'y a nulle part pour exprimer l'existence de zones d'ombres (même quand on est d'accord, il y a des zones d'ombres).

@GuyMarty C'est visible dans l'agencement géographique des universités en France. Dans la plupart des villes, les humanités sont à l'autre bout des écoles d'ingés…
Après, même au MIT, Sherry Turkle est presqu'une exception…

@lunar
Les dystopies sont des fictions.
Très bien faites, elles paraissent si plausibles.
Popularisées grâce au cinéma et à la télévision, elles servent souvent de référence (trop ?).
Mais voilà, ce sont des contre-utopies, sombres, catastrophistes, pessimistes.
J'ai adoré Philip K Dick et Orwell ou bien Aldous Huxley.
De là à accroire que c'est une projection de la réalité juste un peu amplifiée et prédictive ?

@lunar
Perso,j'adore la SF et ça a vraiment un effet repoussoir.
Mais c'est peut-être lié au fait que j'ai un intérêt restreint sur Warhammer 40 000 🤔

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